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Budget 2026-2027 : ce que cela dit pour la sécurité alimentaire à Maurice

22 Jun 2026

Chez FoodWise, cette année, l'attente résonnait différemment. À la suite d'un plaidoyer rigoureusement mené pour promouvoir une mesure fiscale sur les donations alimentaires et la lutte contre le gaspillage alimentaire, nous attendions ce moment avec une attention particulière. Retour sur les mesures annoncées, encourageantes sur plusieurs points, et sur une déception, celle d'une mesure qui ne sera finalement pas intégrée cette année.

Sécurité alimentaire : des ambitions affichées

Le renforcement de la sécurité alimentaire nationale figure parmi les priorités de ce budget. Le projet "25 by 35 Food Security" vise à produire localement au moins 25% des besoins alimentaires de Maurice d'ici 2035, avec l'objectif affiché de réduire la dépendance aux importations. C'est un sujet réel : environ 75% de notre alimentation est importée, ce qui expose l'île à chaque dérèglement de la chaîne d'approvisionnement mondiale. C'est une mesure encourageante, mais qui devra faire ses preuves dans l'exécution.

L'introduction d'un Food Security and Nutrition Bill et la promotion du contract farming sont également annoncées. Nous espérons fortement que ce bill intégrera des mesures sociales comme celle que nous portons, notamment une déduction fiscale sur les donations alimentaires, qui a déjà fait ses preuves dans de nombreux pays.

L'objectif de doubler les terres consacrées à la production locale alimentaire à 25 000 arpents d'ici 2035 est salué. Encore faut-il réussir à motiver la jeune génération, et surtout à transmettre le savoir-faire agricole d'une génération à l'autre. Produire local, c'est aussi réduire notre vulnérabilité aux chocs internationaux, comme ces derniers mois nous l'ont clairement montré.

L'investissement de la State Trading Corporation dans une réserve alimentaire nationale pour stocker céréales, légumineuses et produits essentiels est une mesure forte, qui prépare l'avenir avec pragmatisme.

Économie circulaire : un cadre prometteur, encore à concrétiser

L'adoption d'un Circular Economy Bill et la mise en place d'un cadre réglementaire pour les activités waste-to-wealth ont été annoncées. L'économie circulaire a toute sa place dans l'île Maurice de demain, et en tant que participant à des comités sur le sujet, nous encourageons ce dialogue entre secteurs public et privé. Mais un cadre réglementaire n'aura de valeur que s'il est accompagné de mesures concrètes !

Les Rs 150 millions allouées au renforcement de la gestion nationale des déchets vont dans le bon sens. Mais rappelons-le : une grande partie des déchets enfouis à Mare-Chicose sont encore organiques, voire consommables. L'enjeu n'est pas uniquement de mieux gérer les déchets, c'est d'éviter qu'ils en deviennent, avec une volonté d'agir bien en amont, avant que la nourriture consommable n'arrive en décharge, où elle génère du méthane et contribue aux émissions de gaz à effet de serre. La lutte contre le gaspillage alimentaire doit commencer avant même que les aliments ne deviennent des déchets.

Alimentation, fiscalité, et santé : des signaux positifs, mais incomplets

L'augmentation de la taxe sur le sucre, de Rs 0,12 à Rs 0,50 par gramme, et son extension à de nouvelles catégories de produits à partir d'octobre 2026 vont dans le sens d'une meilleure sensibilisation aux enjeux nutritionnels. Nous le répétons souvent : notre alimentation est au cœur de notre santé. Une question se pose cependant : les résultats concrets de la taxe sucre introduite l'année précédente ont-ils été évalués ? Mesurer l'impact de ces décisions est essentiel avant d'aller plus loin.

Une piste complémentaire aurait pu être envisagée : la revalorisation des fruits et légumes à travers des subventions ciblées. Un signal fort envoyé aux consommateurs les plus vulnérables, qui auraient pu bénéficier d'un accès facilité à une alimentation plus saine tout en renforçant leur sécurité alimentaire.

La création d'un centre d'excellence en soins cardiométaboliques – obésité, diabète, maladies cardiovasculaires – est une bonne nouvelle. Mais la prévention reste le levier le plus puissant : agir dans nos assiettes avant d'agir dans les hôpitaux.

Ce qui manque : la mesure que nous attendions

Soyons transparents. Cette année, nous portions une proposition concrète : l'introduction d'une déduction fiscale sur les donations alimentaires faites aux ONG et banques alimentaires. Une mesure documentée, qui aurait permis jusqu’à 3 millions de repas en plus par an, et soutenue par plus de 25 acteurs du secteur agro-industriel, couverte par une vingtaine de médias, et portée lors des consultations pré-budgétaires.

Elle n'a pas été retenue. Nous le regrettons, pour les familles, pour les ONG, et pour les milliers de repas qui auraient pu en découler grâce à une meilleure valorisation des dons alimentaires.

En conclusion

Ce budget envoie des signaux encourageants sur la sécurité alimentaire et l'économie circulaire. Les ambitions affichées – produire localement, réduire les déchets, renforcer les réserves alimentaires – sont alignées avec les enjeux que nous observons sur le terrain chaque jour.

Mais les ambitions sans mécanismes d'incitation restent fragiles. C'est précisément ce que la mesure fiscale que nous portons aurait apporté : un levier concret, économiquement sensé et socialement impactant. Elle aurait permis d'encourager les donations alimentaires, de réduire le gaspillage alimentaire, de soutenir les banques alimentaires et de renforcer la solidarité envers les personnes en situation de précarité alimentaire.

Elle ne figure pas dans ce budget, mais elle figurera dans le prochain. Nous continuons à frapper aux bonnes portes, avec la même conviction, et avec une certitude : la question n'est pas de savoir si cette mesure verra le jour, mais quand.