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Rapport SOFI 2026 : Maurice progresse. Mais derrière les chiffres, la réalité du terrain raconte une autre histoire.

22 Jul 2026

Ce que le chiffre mesure. Et ce qu'il ne mesure pas…

La prévalence de la sous-alimentation chronique mesure une chose précise : la proportion de personnes qui ne consomment pas suffisamment de calories sur une période prolongée. C'est un indicateur important. Mais c'est loin d'être le seul indicateur qui compte. Parce que la sécurité alimentaire, c'est bien plus que ça.

Une personne peut manger suffisamment en volume, et pourtant ne pas manger correctement. Pas assez de protéines, de vitamines, ou de diversité. Une assiette pleine n'est pas forcément une assiette équilibrée. Et c'est précisément là que le débat devient plus complexe, et plus urgent.

Cette année, le rapport SOFI 2026 place au cœur de son analyse un sujet que nous connaissons bien sur le terrain : le coût d'une alimentation saine. Pas simplement le coût de manger, mais le coût de bien manger. Et ce coût, à Maurice comme ailleurs, ne cesse d'augmenter.

Le prix des denrées. La vraie question.

On peut se réjouir de la baisse de la sous-alimentation chronique. Mais pendant ce temps, dans les supermarchés, dans les marchés, dans les cuisines des familles mauriciennes, les prix, eux, ne baissent pas.

L'inflation alimentaire continue de peser sur les ménages. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales, conflits géopolitiques, fermeture de routes maritimes, chocs climatiques, se répercutent directement sur nos rayons. Et Maurice, qui importe plus de 75 % de ses besoins alimentaires, est impacté par les secousses internationales.

Ce que ça signifie concrètement ? Que des familles qui mangeaient suffisamment hier peuvent basculer demain. Pas parce que la nourriture a disparu, mais parce qu'elle est devenue trop chère. C'est cette réalité-là que les chiffres de sous-alimentation chronique ne capturent pas toujours. Et c'est cette réalité-là que nous voyons, chaque jour et trop souvent, sur le terrain.

Ce que nous voyons, nous.

Chez FoodWise, nous ne travaillons pas qu'avec des statistiques, mais aussi et surtout avec des personnes.

Et ce que nos ONG partenaires nous partagent, semaine après semaine, c'est que les demandes augmentent. Que les familles sont plus nombreuses à frapper aux portes. Alors même que les budgets alimentaires restent sous pression. Que les arbitrages se font de plus en plus souvent entre manger et autre chose, les factures, le loyer, ou les fournitures scolaires.

Ce n'est pas une impression. C'est ce que nous entendons depuis des mois. Alors que pendant ce temps, 279 kg de nourriture encore consommable sont jetés chaque minute à Maurice. Ce paradoxe-là, aucun rapport ne le résout à lui seul.

La nutrition. Le grand angle mort.

Il y a un sujet que nous voulons remettre sur la table, et qui est trop souvent mis de côté dans les discussions sur la sécurité alimentaire : la qualité nutritionnelle de ce que l'on mange.

La prévalence mondiale de l'obésité chez les adultes est passée de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024. Pas parce qu'ils manquent de nourriture. Mais parce que la nourriture à laquelle ils ont accès n'est pas toujours la bonne. Trop de sucre, trop de sel, trop de produits ultra-transformés, pour souvent pas assez de fruits, de légumes, de protéines de qualité.

Le rapport SOFI 2026 le confirme à l'échelle mondiale : 2,69 milliards de personnes ne peuvent pas se permettre une alimentation saine. Ce n'est plus une question de quantité. C'est une question de qualité. Et de prix.

Quand les fruits et légumes frais coûtent plus cher que les produits ultra-transformés, les familles vulnérables font des choix par contrainte, pas par ignorance. C'est un problème structurel, qui demande des solutions structurelles.

La situation en Afrique: un miroir pour Maurice.

Le rapport SOFI 2026 dresse un tableau particulièrement préoccupant pour l'Afrique : 309 millions de personnes restent sous-alimentées sur le continent. Et surtout, 66,6 % de la population africaine ne peut pas accéder financièrement à une alimentation saine.

Ces chiffres nous parlent directement, car Maurice fait partie de cette région. Et même si notre niveau de développement est différent, certaines dynamiques sont similaires : inflation alimentaire, dépendance aux importations, vulnérabilité aux chocs climatiques et géopolitiques.

La fermeture du détroit d'Ormuz, les tensions en mer Rouge, la hausse des prix des engrais,  tout cela se retrouve, d'une façon ou d'une autre, dans notre panier de courses.

Ce que ça veut dire pour nous. Et pour ce qu'il reste à faire.

Le progrès enregistré à Maurice est réel. Nous le saluons. Mais nous refusons de le lire comme un signal de relâchement.

Parce que derrière les statistiques, il y a encore trop de personnes qui font des arbitrages impossibles au moment de remplir leur caddie. Et tant que ces réalités-là persistent, notre travail n'est pas terminé.

Chez FoodWise, nous continuerons à :

  • Récupérer et redistribuer les surplus alimentaires vers ceux qui en ont besoin
  • Sensibiliser aux bons gestes, à la nutrition, à la conservation des aliments
  • Plaider pour des politiques publiques qui facilitent le don alimentaire;  notamment la déduction fiscale sur les donations alimentaires, qui pourrait générer jusqu'à 3 millions de repas supplémentaires par an, selon nos estimations

Parce que la vraie réponse à l'insécurité alimentaire n'est pas dans un seul rapport. Elle est dans l'accumulation de décisions, individuelles, collectives, institutionnelles, qui font que moins de nourriture est gaspillée, et que plus de familles mangent correctement.

En conclusion : les progrès encouragent. Mais ils n'autorisent pas à ralentir.

Le rapport SOFI 2026 nous donne une mesure. Pas une absolution. À Maurice, la sous-alimentation chronique recule. C'est bien. Mais l'accès à une alimentation saine, abordable et nutritive reste un défi quotidien pour des dizaines de milliers de familles. Et tant que 279 kg de nourriture consommable finissent à la poubelle chaque minute sur notre île, il y a encore du travail.

Beaucoup de travail.

Sources : SOFI 2026 — FAO, IFAD, UNICEF, WFP, WHO | Global Health Index 2024 | Données terrain FoodWise 2025–2026