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Japon : la recette d'une réussite anti-gaspi mondiale

01 Oct 2026

De ce fait, c'est le seul pays au monde à avoir atteint la cible 12.3 des ODD, qui vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire. Mais alors, comment le Japon a-t-il atteint son objectif en avance ? Alors même que le pays est un grand importateur de ses besoins alimentaires, avec un taux d'importation de 62%.

Cette réussite repose sur un suivi rigoureux des données, une coordination entre les différents ministères, un engagement fort du secteur privé, et des campagnes citoyennes telles que la campagne « Temaedori » (« prendre les produits à l'avant des rayons »). Résultat : l'objectif a été atteint... 8 ans avant le planning initial !

Leur modèle est un exemple dont on pourrait s'inspirer, ici, à l'île Maurice. Alors, comment y arriver aussi ? Car l'histoire le montre : réduire le gaspillage alimentaire de moitié sur deux décennies, c'est possible ! Rien que pour l'exercice fiscal 2023, dont les chiffres ont été annoncés en juin 2025, le gaspillage alimentaire total du Japon est descendu à 4,64 millions de tonnes (2,31 millions provenant des entreprises, 2,33 millions des ménages), soit environ 37 kg par personne et par an, ou l'équivalent d'une boule de riz (onigiri, environ 102g) jetée chaque jour par personne.

Les éléments de la recette anti-gaspi :

Un suivi des données rigoureux
En 2000, le Japon a mené son premier exercice de quantification du gaspillage alimentaire. Cet exercice a mis en lumière les causes du problème, notamment les pratiques commerciales de surstockage et de retours indirectement causés par les préférences des consommateurs. Une enquête auprès des ménages est également menée chaque année pour évaluer les impacts sociaux, notamment la prise de conscience des consommateurs et les changements de comportement.

Une coordination interministérielle forte
Plusieurs institutions gouvernementales sont garantes des stratégies japonaises de lutte contre le gaspillage, notamment le Ministère de l'Environnement (MOE), le Ministère de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche (MAFF), et l'Agence des Affaires des Consommateurs (CAA). Chaque agence a un rôle distinct, se concentrant sur une étape spécifique de la chaîne de valeur alimentaire, tout en collaborant sur certains dispositifs communs.

Un secteur privé fortement engagé
Les entreprises ont pris des mesures concrètes, comme l'optimisation de la gestion des stocks et le don d'invendus à des associations caritatives.

Assouplir les délais de livraison et prolonger la durée de conservation : de plus en plus de supermarchés et magasins de proximité ont assoupli leurs délais de livraison et prolongé la durée de conservation de certains produits. Dans certains cas, la durée de vie commerciale a même été allongée en simplifiant l'étiquetage des dates, passant, par exemple, d'une date précise (année, mois, jour) à une indication limitée à l'année et au mois.

Le « Temaedori » : mettre en avant les produits à consommer en priorité : cette initiative consiste à placer les produits dont la date limite approche à l'avant des rayons. L'objectif: encourager les consommateurs à choisir ces produits en priorité, pour éviter qu'ils ne soient jetés !

La « règle du tiers » (« one-third rule ») : une pratique commerciale japonaise historique, qui obligeait les fabricants à livrer leurs produits dans le premier tiers du délai entre la date de production et la date de péremption, sous peine de refus par les distributeurs. Cette règle, à l'origine d'un gaspillage important, est justement l'une des cibles des réformes récentes sur l'étiquetage. Un bon exemple qui illustre bien pourquoi, et comment, certaines « règles invisibles » génèrent du gaspillage !

Un cadre légal systémique
Le Japon s'appuie sur deux lois complémentaires.

La première, la loi de recyclage de 2001, oblige les entreprises à réduire et recycler leurs déchets alimentaires, avec des objectifs chiffrés et des sanctions possibles en cas de manquement. Puis, en réponse à la cible ODD 12.3 fixée en 2015, les politiques existantes ont été révisées, et la loi de promotion de la réduction du gaspillage alimentaire a été introduite en 2019. 

Celle-ci va plus loin : elle mobilise l'ensemble de la société - gouvernement, collectivités locales, entreprises et citoyens - autour d'un objectif national commun, réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici 2030 par rapport à 2000, tout en encourageant la redistribution du surplus vers les personnes en situation de précarité et en instaurant une journée nationale dédiée, le 30 octobre. 

Ensemble, ces deux textes combinent obligation réglementaire pour les entreprises et mobilisation citoyenne à l'échelle nationale, une articulation clé de la réussite japonaise.

Des campagnes citoyennes innovantes
Les campagnes de sensibilisation ont été au cœur de la stratégie japonaise. Le gouvernement visait à ce que 80% de la population soit consciente du problème et prenne activement des mesures pour réduire le gaspillage d'ici 2025. Les dernières enquêtes montrent que le Japon est proche de cet objectif, avec environ 76,7% des personnes interrogées déclarant à la fois être conscientes du problème et agir en conséquence.

Donner aux citoyens des pistes de solutions : les collectivités locales jouent elles aussi un rôle clé. La stratégie « Toyama Food Loss Zero », par exemple, propose une plateforme numérique où les habitants peuvent partager des recettes, des astuces et des informations pratiques pour réduire le gaspillage à la maison. Des vidéos pédagogiques mettant en scène des mascottes permettent également de sensibiliser les plus jeunes.

Sensibiliser les consommateurs, notamment sur le coût du gaspillage : le Ministère japonais de l'Environnement mise également sur l'information des consommateurs, en expliquant notamment l'évolution de l'étiquetage des dates et les conséquences du gaspillage alimentaire sur le budget des ménages.

Et la technologie dans tout cela ?

En effet, la technologie joue un rôle crucial dans la lutte contre le gaspillage. Des applications de partage alimentaire comme TABETE et Kuradashi (certifiée B-Corp) mettent en relation les consommateurs avec des restaurants, commerces et fabricants disposant de surplus alimentaires, leur permettant d'acheter cette nourriture à prix réduit plutôt que de la voir jetée. Des innovations en matière d'emballage, comme les indicateurs temps-température, permettent également de surveiller la fraîcheur des produits, réduisant ainsi les rejets prématurés basés sur des dates de péremption arbitraires. L'intelligence artificielle et l'analyse de données massives sont aussi utilisées pour mieux prévoir la demande, permettant aux distributeurs et fournisseurs d'ajuster leurs stocks en conséquence, et ainsi de minimiser le surstockage et le gaspillage qui en découle.

Le Japon expérimente également des solutions technologiques, comme des réfrigérateurs intelligents équipés de caméras et d'intelligence artificielle, capables d'identifier les aliments proches de leur date « Best Before ». Des applications peuvent ensuite proposer des idées de recettes pour encourager leur consommation, voire générer des listes de courses en fonction des aliments déjà disponibles à la maison.

Et à Maurice, dans tout ça ?

L'exemple japonais nous rappelle une chose essentielle : un cadre légal fort ne suffit pas à lui seul. C'est la coordination entre tous les acteurs (gouvernement, entreprises, ONG et citoyens) qui transforme une loi en résultat concret. À Maurice, une loi anti-gaspillage alimentaire claire, couplée à une véritable synergie entre le secteur privé, les ONG partenaires, et les initiatives citoyennes, pourrait poser les bases d'un changement structurel et durable. 

C'est précisément ce type de collaboration inter-acteurs que FoodWise cherche à renforcer chaque jour, pour faire progresser Maurice vers une meilleure sécurité alimentaire et une réduction durable du gaspillage alimentaire.

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